Les informations du quotidien sont mises à jour chaque jour par Tro-Dro, l'outil numérique de l'A3PC bientôt disponible en appli pour tous les habitants pouvant être intéressés qu'ils soient, ou non, de Chaumeré. L'onglet Histoire raconte le passé du village.
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Aujourd'hui rattaché à Domagné, Chaumeré conserve une identité et une histoire qui lui sont propres : seigneuries, traditions religieuses, travail agricole, école, guerres et transformations successives.
Une page qui s'écrit avec vous. Ce récit s'appuie principalement sur le livre « Si Domagné, Chaumeré, La Vallette m'étaient contés » et sur la mémoire locale ; certains détails restent à confirmer auprès des archives. Vous avez des documents, photos anciennes ou souvenirs à partager sur Chaumeré ? Contactez l'A3PC.
01
Des origines anciennes
L'histoire de Chaumeré remonte bien avant les premières mentions écrites. Une hache en silex, découverte dans le champ de la Braganne lors des opérations de remembrement, témoigne d'une présence humaine dès la Préhistoire.
Au Moyen Âge, Chaumeré est lié à la paroisse de Piré. Vers 1380, la paroisse aurait été détachée de Piré en faveur de l'un de ses seigneurs, propriétaire du Manoir de la Cour.
La première mention connue de Chaumeré comme paroisse date de 1427. Le territoire possède alors deux manoirs : la Cour et la Motte. En 1516, le nom apparaît sous la forme latinisée Chaumereyo.
Selon la tradition locale, ce territoire, proche du pays de Vitré, aurait été le siège d'une seigneurie passée entre les mains de diverses familles de la noblesse bretonne au fil des siècles : un point que l'association espère préciser grâce aux archives départementales.
Les registres paroissiaux permettent de remonter encore plus loin. L'un d'eux couvre les années 1600 à 1622 : chaque acte y indique le baptisé, ses parents, son parrain et sa marraine, et porte la signature du prêtre.
Sa nef se termine par un chevet droit construit vers 1603. Deux chapelles latérales viennent compléter l'ensemble, dont l'une, au sud, est construite en 1634 avec l'accord de René de Birague, seigneur de Chaumeré, qui y fit poser ses armoiries.
À l'intérieur, le grand retable en bois du maître-autel date de 1896 et abrite les statues de saint Médard et de saint Laurent ; le tableau central représentant le Sacré-Cœur date de 1897.
La charpente mérite également l'attention : certaines poutres sont ornées de têtes sculptées évoquant des serpents ou des dragons, les engoulants, qui donnent à l'église un caractère très singulier.
Détail de la charpente intérieure. Source : capture de la vidéo de clochesdebretagne.
Photo du cadran solaire à venir
D'autres traces du passé sont encore visibles : la porte ouest est datée de 1766 (certains textes indiquent 1706), et une pierre tombale de 1614 a été retrouvée lors d'une restauration. L'église fut électrifiée en 1941, dotée de nouveaux vitraux en 1943, puis entièrement restaurée en 1991. Plus loin dans le temps, la confrérie du Rosaire y est fondée en 1638.
Le clocher à flèche abrite deux cloches, encore sonnées à la main, ce qui est devenu rare. La plus ancienne, la grosse cloche (note do), date de 1777 : elle porte le nom de Marie-Joseph-Joachim, et son inscription mentionne le marquis de Piré, seigneur fondateur de la paroisse. Selon clochesdebretagne, il est venu la nommer avec Émilie Hay, dame de Bonteville. Elle est toujours en place. Son fondeur n'est pas connu.
La grosse cloche de 1777 : le mot « NOMMEE » se lit en haut de l'inscription. Source : capture de la vidéo de clochesdebretagne.
La seconde cloche (note mi) a été fondue en 1878 par Adolphe Havard, à Villedieu-les-Poêles, sous le pontificat de Léon XIII. Elle a été nommée Émilie-Marie-Olivière-Mériadec de Chaumeré par Olivier Marie Mériadec de Gonidec, comte du Tressaint. Une partie de ses inscriptions reste à déchiffrer.
Les cloches de l'église, en vidéo. Source : clochesdebretagne (YouTube).
La pierre tombale datée de 1614.
La croix « Souvenir du Jubilé » porte la date de 1928 gravée sur son socle. Quel jubilé rappelle-t-elle ? Rien ne permet encore de l'affirmer. Le pape Pie XI avait proclamé une Année Sainte en 1925, dont les célébrations ont pu être prolongées dans les paroisses les années suivantes : c'est une piste, pas une certitude. Il peut aussi s'agir du souvenir d'une mission paroissiale, ou d'un jubilé propre à la paroisse, par exemple celui d'un prêtre. Les archives paroissiales et la Semaine religieuse du diocèse de Rennes de 1928 pourraient le confirmer.
La croix « Souvenir du Jubilé » (1928).
03
Un village profondément rural
Pendant des siècles, Chaumeré est avant tout un village rural. L'habitat traditionnel témoigne des matériaux disponibles localement : schiste, terre argileuse et bois.
La longère de La Lande en est un exemple : sa façade, autrefois en bauge, fut reconstruite en pierre entre 1950 et 1960, et l'ancienne gerbière fut transformée en lucarne d'habitation au milieu du XXe siècle.
L'entretien des chemins était une préoccupation importante pour la commune, autrefois relativement isolée. Des carrières locales, notamment à Presseous, Champ Renault et La Rosière, fournissaient les matériaux pour l'empierrement des voies et la construction du pont du Vaubrault.
Selon la tradition locale, les terres bocagères autour du hameau ont longtemps porté des vergers de pommiers haute-tige, dont le jus et le cidre alimentaient les fermes des environs.
Une photographie aérienne de l'IGN, prise le 13 août 1949, le confirme : de nombreuses parcelles autour du bourg sont plantées de pommiers alignés en rangs, entre des haies et des chemins creux, avant les remembrements.
La pomme a d'ailleurs marqué l'économie du village : la famille Boursier a développé la sélection de graines et des pépinières spécialisées dans les plants de pommiers, à La Claye.
04
Archives
Chaumeré sur les plans anciens
Bien avant le cadastre, la carte de Cassini, levée au XVIIIe siècle (1756-1787), est la première carte de France fondée sur des mesures. Elle montre déjà Chaumeré et la plupart de ses hameaux : La Lande, La Haye, Le Chenot, La Vauronnière, Le Vaubrault, La Claye (écrit « la Clais »). Domagné y est orthographié « Dommaigné ».
Quelques décennies plus tard, un plan cadastral terminé sur le terrain le 21 juin 1830 montre Chaumeré tel qu'il était à l'époque. Le « tableau d'assemblage » est la carte d'ensemble du cadastre : elle dessine toute la commune, alors rattachée au canton de Châteaubourg et à l'arrondissement de Vitré, et indique comment s'assemblent les feuilles détaillées, un peu comme le plan d'un puzzle. On y lit le bourg et les hameaux (La Lande, Le Presbytère, La Claye, Le Vaubrault…), entourés des communes voisines : Domagné, Piré, Ossé et Saint-Aubin-du-Pavail.
Les feuilles détaillées dessinent chaque parcelle, chaque chemin et chaque bâtiment. Celle-ci montre le bourg, avec l'église et la mare, ainsi que La Cour, Le Presbytère et La Claye.
En 1789, la participation électorale est particulièrement importante : le document fait état d'un taux de 87 %. Le curé Vaucelle est élu président de l'assemblée locale et une garde nationale est rapidement constituée.
Le registre paroissial de 1789 garde aussi la trace de l'actualité nationale : parmi les baptêmes, mariages et sépultures, une note en marge, intitulée « histoire », évoque l'ouverture des États généraux à Versailles, début mai 1789 (d'après notre lecture).
Opposé à la Constitution civile du clergé, l'abbé Vaucelle refuse de prêter le serment constitutionnel. Il est contraint à l'exil vers Jersey en 1793 et ne revient à Chaumeré qu'en 1801.
Le secteur semble être resté relativement paisible pendant la Chouannerie, mais des habitants demandent en 1795 la protection de la force armée pour escorter le grain réquisitionné.
Sous l'Empire, la commune dresse une table décennale : un index, classé par ordre alphabétique, des mariages et des naissances de dix ans (ici 1803-1812), qui évite de fouiller tous les registres. Les dates y sont d'abord en calendrier républicain (an 11, an 12, an 13), qui disparaît au 1er janvier 1806.
Au XIXe siècle, Chaumeré reste une petite communauté rurale. En 1843, une notice décrit un territoire d'environ 283 hectares comptant une cinquantaine d'habitations et environ 500 communiants.
06
Vie quotidienne
L'école, au cœur de la vie du village
Avant 1840, l'instruction des filles est assurée par les Religieuses d'Avranches. Au fil du XIXe siècle, l'enseignement communal se structure progressivement.
En 1881, la commune acquiert la maison Mauxion afin d'y installer l'école publique. Celle-ci se trouvait à l'emplacement de l'actuelle allée de l'École. Le bâtiment a ensuite été partagé entre la mairie de Chaumeré et une habitation : aujourd'hui, l'habitation d'origine est jumelée avec l'ancienne mairie pour former une seule maison, et l'autre partie constitue une autre habitation. L'école a ensuite déménagé : une nouvelle école, un bâtiment préfabriqué, est construite à partir de 1953, là où se trouve aujourd'hui la salle du Tilleul, et ouvre ses portes en 1955.
Après plusieurs générations d'élèves, l'école de Chaumeré ferme définitivement ses portes en juin 1975.
La seconde école, ouverte en 1955 et fermée en 1975, avant sa démolition. Photo : Joseph Bouvier, parue dans Ouest-France.
Selon Ouest-France, elle n'accueillait plus qu'une classe multiniveaux. Cette seconde école a ensuite servi de salle municipale, puis a été rasée ; la salle du Tilleul, aujourd'hui proposée à la location, a été construite à sa place.
La salle du Tilleul, inaugurée en 2014, construite à l'emplacement de la seconde école. Source : domagne.fr (mairie de Domagné).
07
Mémoire
Les guerres et la mémoire des habitants
Comme beaucoup de villages, Chaumeré a payé un lourd tribut aux guerres du XXe siècle.
14soldats de la commune morts pour la France durant la Grande Guerre
La famille Renault, installée au Manoir de la Cour, est particulièrement touchée avec trois fils morts au combat. Le monument aux morts est inauguré le 5 juillet 1922.
Les souvenirs conservés par plusieurs habitants évoquent, pour la Seconde Guerre mondiale, l'arrivée des troupes allemandes en juin 1940, les réquisitions de fourrage et la présence de prisonniers agricoles polonais dans les exploitations de la commune. Après-guerre, plusieurs jeunes de Chaumeré sont mobilisés lors des événements d'Afrique du Nord.
Le monument aux morts : « Aux enfants de Chaumeré morts pour la France ».
Les registres d'état civil de 1915 gardent la trace de ces disparus. À droite, un acte ajouté en 1919, sur ordre du tribunal de Vitré, constate le décès de Jean Marie Aristide Martin, né à Chaumeré en 1881, soldat du 6e régiment du génie, mort pour la France à Souain (Marne) le 12 février 1915 (d'après notre lecture). Son nom figure sur le monument aux morts, parmi ceux de 1915 (« MARTIN J. M. »).
Le village possédait ses propres artisans : des charrons, un forgeron, des débitants de boissons et un pépiniériste. D'autres parcours illustrent les évolutions du monde rural : Jean Davy, ancien forgeron, s'est reconverti dans l'électricité et le chauffage central.
09
Une commune qui se transforme
L'électricité arrive dans l'église en 1941, puis le réseau électrique communal passe de 110 à 220 volts en 1948. En 1973, une Association Communale de Chasse Agréée est constituée ; certaines traditions perdurent, comme le laisser-courre du lièvre au mois de mars et la messe de la Saint-Hubert accompagnée par les sonneurs de trompe.
En 1973 et 1974, le conseil municipal approuve la fusion-association avec Domagné, effective le 1er janvier 1974. Chaumeré cesse alors d'être une commune indépendante, tout en conservant son histoire et son identité au sein de Domagné.
Plusieurs raisons ont pesé, selon Ouest-France (1er janvier 2024) : le départ du curé, qui était aussi secrétaire de mairie, a laissé la commune en difficulté, sa population baissait depuis le début du siècle, l'école (une seule classe) a fermé en 1975 et l'unique commerce, café et épicerie, a suivi. Domagné a été préféré à Piré, à la même distance (5 km), en partie parce que l'église était rattachée à la paroisse de Domagné depuis 1967. La décision a été prise en 1973 à l'unanimité du conseil de Chaumeré.
Chaumeré est aujourd'hui l'une des deux seules communes associées d'Ille-et-Vilaine, avec Brain-sur-Vilaine. Elle a un maire délégué : Francis Touchais pendant trente ans, puis Joseph Bouvier depuis 2020. Pour la vie de la commune et ses services, consultez le site de la mairie de Domagné.
Le panneau d'entrée de Chaumeré, qui rappelle son rattachement à Domagné (« Cne de Domagné »).
Depuis, le village s'est équipé : l'église a été restaurée dans les années 1990, le lotissement du Courtil Magnant a été inauguré en 2010, et la salle du Tilleul en 2014, construite à la place de l'ancienne salle des fêtes, elle-même installée dans l'ancienne école. En 2024, Chaumeré et Domagné ont fêté leurs cinquante ans d'union (leurs « noces d'or »).
Une mémoire toujours vivante
Chaumeré, une histoire à transmettre
L'histoire de Chaumeré ne s'arrête pas avec la disparition de la commune : une ancienne paroisse rurale devenue partie intégrante de Domagné, mais dont les chemins, les maisons, l'église, les souvenirs et les noms de familles racontent encore une histoire singulière.
Préserver cette mémoire, c'est permettre aux générations futures de comprendre ce qu'était Chaumeré et de mesurer tout ce qui a changé au fil des siècles.
Quelques repères
Chaumeré en quelques dates
1427Première mention connue de Chaumeré comme paroisse.
1603Construction du chevet droit de l'église.
1683Réalisation du cadran solaire de la chapelle sud.
1789La Révolution marque profondément la vie locale.
1881La commune acquiert la maison Mauxion pour y installer l'école publique.
1922Inauguration du monument aux morts.
1941Électrification de l'église.
1955Ouverture du nouveau bâtiment scolaire.
1974Fusion-association avec Domagné.
1975Fermeture définitive de l'école.
1991Restauration complète de l'église.
2006Chaumeré compte 125 habitants et conserve son identité villageoise.
Sources et pistes pour aller plus loin
Récit tiré principalement de « Si Domagné, Chaumeré, La Vallette m'étaient contés ». Fonds que l'association compte consulter pour vérifier et compléter ces informations :